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design Damien Rocour @ La Page

De par le monde, la tradition orale se transmet à travers les générations. En Belgique, les femmes de la première génération issue de l'immigration marocaine chantaient des airs traditionnels, les répétant inlassablement afin de ne pas les oublier et de maintenir ainsi le lien avec le pays d'origine.

En hommage à ces femmes et en partenariat avec Le Senghor, Centre culturel d'Etterbeek à Bruxelles, nous avons lancé le projet Le Chant de la Mémoire et créé la chorale Les Fatmas de Belgica.. Dirigée par la chanteuse belgo-marocaine Laïla Amezian, cette chorale amateure au nom évocateur ré-interprète ces chants populaires du Maroc dans la tradition polyphonique d'une chorale occidentale! Une expérience unique et inédite! Transformer et transmettre ce répertoire, c'est notre façon de contribuer à notre identité en devenir. Une identité multiple à l'image de Bruxelles, à la fois ancrée dans nos origines et évoluant grâce à la rencontre de l'autre.

** Les Fatmas de Belgica 'n Co **

Imaginez à présent une main de Fatma, symbole ici des traditions féminines du Maghreb. Imaginez que les doigts de cette main soient autant de directions que nous prenons pour développer ce projet au travers de rencontres et de collaborations musicales alliant les sonorités traditionnelles du Maroc à celles d'Europe.. 

Dès 2015, nous avons décidé d'élargir nos collaborations avec l'objectif de développer des dynamiques de rencontres, d'échanges et surtout de créations artistiques communes. En voici quelques exemples sur les deux dernières saisons... 

Saisons 2015-2016 / 2016-2017

Nous avons lancé un réseau d'ateliers itinérants en partenariat avec d'autres structures (Dar al Amal à Molenbeek via Intersongs et l'Université Populaire d'Anderlecht) afin de toucher un public encore plus large sur la capitale au travers de rencontres entre les femmes de notre atelier au Senghor et celles d'autres lieux sur d'autres communes afin de susciter des dynamiques participatives et collectives. Le fruit de ces rencontres nous ont amené à collaborer entre autre sur les projets Coup de Choeurs / Uit de Bol au KVS, Intersongs au Jacques Franck ou encore Singing Brussels/Intersongs à Bozar. 

Parallèlement, nous avons développé une collaboration musicale avec le trompettiste Laurent Blondiau. Alliant les sonorités du chaabi, des chants populaires, du jazz et de la tradition polyphonique européenne, les arrangements écrits par Laurent Blondiau nous offrent une nouvelle approche de ce répertoire et une richesse musicale.


© Georges Morleghem

** Les Fatmas de Belgica Nomades.. **

Le projet trouvant son origine dans une tradition musicale du Maroc, il nous a semblé évident d'élargir nos échanges au-delà du territoire belge et de revenir à la source pour nourrir d'avantage le projet.
En 2016, Laïla Amezian a rencontré un groupe de femmes à Essaouira, des chanteuses réunies dans La Joum'iya Shourafa Niswiya, et qui interprète encore de manière traditionnelle ces chants chaabi (populaires).  Elles pratiquent également au autre style, la hadhra, et sont reconnues comme des Hadharates.
Leur nom de scène lors de nos rencontres nomades ? Les Noujoum Souira, littéralement les Astres d'Essaouira...

© Laïla Amezian  


Les échanges développés avec la Joum'iya Shourafa Niswiya prennent forme au travers de deux résidences artisitiques, les Rencontres Musicales Nomades... 

Par la rencontre au Maroc de femmes qui sont dépositaires de ce patrimoine et l'interprètent encore avec la volonté de maintenir une pratique musicale vivante, nous bouclons la boucle.. 
En effet, ce projet né de la volonté de Laïla Amezian de rendre un hommage à la première génération de femmes issues de l'immigration marocaine en Belgique, un retour vers le pays d'origine des deuxième, troisième et quatrième générations permet de légitimer une appropriation et une transmission dans le Bruxelles d'aujourd'hui. 
Une telle collaboration offre donc au projet non seulement une ressource inestimable, mais une puissance par la qualité musicale et vocale. Par cette rencontre et les échanges qui en découlent, nous élaborons ensemble une approche qui se veut respectueuse d'un patrimoine immatériel de grande valeur dans la culture marocaine tout en l'ouvrant à l'exploration et l'enrichissement apportés par la mise en commun de plusieurs traditions musicales.

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               design Damien Rocour @ La Page
Une ode arabo-jazz-classique en trio 

Une ode en arabe constellée d'anglais, des mélodies tourneuses de tête, plus d'une heure de vibration vocale sur fond de cordes et de rythmes subtils, une dégustation intime de joyaux poétiques : c'est le TriOde concocté par Laïla Amezian, pour l'amour de la voix... et des tribulations de l'âme entre Orient et Occident.

Ce serait comme quelqu'un qui a beaucoup voyagé et qui rapporte un collier de perles. En 15 ans de traversée musicale, la voix de Laïla Amezian a exploré bien des paysages : chanson française, jazz, funk, ethno-electro-dance, post-rock, chants polyphoniques, musiques arabo-andalouses et traditionnelles. Au fil des alliances, elle s'est rôdée en plusieurs langues, en studio et sur les scènes -en concert mais aussi dans le théâtre et la danse -belges, européennes et nord-africaines.

La voix, le voyage

Cette voix intense, soyeuse ou joyeuse, qui caresse ou déchire à la façon de celle d'une soulwoman, fend l'âme. Sans doute parce qu'elle vient de loin. Du Tanger familial elle a pris les couleurs, écloses sous le ciel belge. Le voyage de Laïla Amezian, artiste très bruxelloise et très marocaine, est d'abord intérieur, donc universel. La voici déposant le meilleur de son bagage dans TriOde, un best of épuré de morceaux poétiques, sélectionnés et retravaillés pour une formule en trio, ode au bonheur vocal. Autant de perles polies en eaux profondes.

                                          ©  Stephan Vanfleteren
Les morceaux, le cœur

Il y a le texte immense de Khalil Gibran, The Prophet, finement découpé et mis en musique par Laïla (sur des arrangements de Michaël Grébil) pour sa première production, Bast, fusionnant esprit soufi, jazz et post-rock. A côté de ces mélopées élévatrices d'esprit, adaptées pour TriOde, on retrouve d'autres matières précieuses et envoûtantes : les rivages arabos-andalous abordés dans Arabanda (avec Piet Maris), la poésie ancienne de Qayna, création arabocontemporaine (de Abid Bahri et Yahya Addi), et de nouvelles pièces taillées pour l'occasion : un extrait du Cantique des Cantiques, le standard de jazz Strange Fruit ou encore une composition sur un texte de Ibn 'Arabi. Nul besoin de comprendre. C'est le coeur qui est visé par ces chants d'amour, de dévotion et de célébration.




La musique, l'âme

                                                                          © Jean-Luc Goffinet
Les mélodies, elles, s'enroulent et se déroulent, tournoient à la manière d'un derviche, en un O infini... comme dans TriOde. Ou Orient et Occident. Entre transe de l'un et fougue de l'autre. La voix de Laïla traverse les horizons, dans un écrin musical sur mesure. Velouté et puissant, le violoncelle d'Anja Naucler enrobe et renforce les compositions. La musicienne suédoise a développé un jeu très personnel, empreint de lyrisme, de rock et de douceur, nourri par des rencontres variées. Même subtilité, même richesse chez Stephan Pougin, qui possède la double qualité de batteur et percussionniste. Ses rythmes apportent plus qu'un soutien, une expression d'âme supplémentaire à TriOde. Une âme qui appartient tant aux musiques dites du monde qu'au jazz et au classique.
Texte  Françoise Gauder 

Laïla Amezian, chant (Studio Pagol, Arabanda, Oblomow, Qayna, Bast...)
Anja Naucler, violoncelle (Vlaams Radio Orkest, Ghalia Benali, Manou Gallo...)
Stephan Pougin, batterie-percussions (Panta Rhei, Steve Houben...)
Patrice Hardy, ingénieur du son

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